Il Sistema Periodico / Le Système Périodique

Publié le par Seer


L'image vient de Wikipedia.org.

Il Sistema Periodico
: titre original du livre Le Système Périodique de Primo Levi, auteur italien beaucoup plus connu pour sa description de l'univers concentrationnaire dans Se questo è un uomo (Si c'est un homme)

Primo Levi est un survivant du camp de concentration de la Buna-Monowitz, une sorte de banlieue du célèbre Auschwitz, notamment grâce au fait qu'en hiver 1944-1945 il avait réussi à se faire reconnaître comme chimiste et travailler dans un laboratoire, ce qui faisait de lui un détenu qui avait plus de chances de survivre que ceux qui travaillaient dans le froid à l'extérieur à porter de la tôle, des tuyaux et des briques. Tout ça, il le raconte dans l'ensemble de son oeuvre.

A la fois chimiste et très intéressée par l'histoire (douloureuse, parfois...) du XXème siècle, je me sens très proche de cet écrivain (que je n'aurais jamais connu, il est mort avant ma naissance), et j'ai dévoré toute son oeuvre.

Le Système Périodique, comme il le dit lui-même, "n'est pas un manuel de chimie". Il s'agit en fait d'un recueil d'histoires ayant chacune pour titre un élément chimique, et se rapportant à des choses qu'il a vécues ou écrites, liées à la chimie ou pas :
- des énigmes posées par la chimie (Chrome, Argent)
- de la chimie à l'école et l'université (Hydrogène, Potassiium, Zinc)
mais aussi
- de sa famille, et surtout son ascendance atypique (Argon)
- des personnalités inhabituelles qu'il a connues (Fer, Or)
- de l'imaginaire (Plomb, Mercure), notamment la saga d'un atome de carbone qui conclut le recueil sous ce titre
- de l'univers concentrationnaire (Cérium)
...

Un livre que je trouve très touchant, de vrais morceaux de vie, et qui fait partie sans hésitation de la liste des livres qui m'ont beaucoup marquée.

Primo Levi, Le Système Périodique, page 41 (chapitre sur le Zinc) :

Le cours polycopié contenait un détail qui m'avait échappé à la première lecture, à savoir que le zinc, si tendre et délicat, si accommodant en présence des acides, qui n'en font qu'une seule bouchée, se comporte en revanche bien différemment lorsqu'il est très pur : alors, il résiste obstinément à l'attaque. De cela on pouvait tirer deux conséquences philosophiques opposées : l'éloge de la pureté, qui protège du mal comme une cuirasse ; l'éloge de l'impureté, qui ouvre la voie aux métamorphoses, c'est-à-dire à la vie. J'écartai la première, d'un moralisme répugnant, et m'attardai à considérer la seconde, qui m'était plus congéniale. Pour que la roue tourne, pour que la vie vive, les impuretés sont nécessaires, et les impuretés des impuretés ; même dans la terre, comme on sait, si on veut qu'elle soit fertile. Il faut le désaccord, le différent, le grain de sel et de séné ; le fascisme n'en veut pas, il les interdit, c'est pour cela que tu n'es pas fasciste : il nous veut tous pareils, et tu n'es pas pareil. La vertu immaculée n'existe pas non plus, ou si elle existe, elle est détestable. Prends donc la solution de sulfate de cuivre dans la rangée des réactifs, ajoutes-en une goutte à ton acide sulfurique, et tu vois la réaction se mettre en route...
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